L'âge adulte
textes et vignettes

Anghiari (Toscana). Le cortège accompagnant le char du Scampanata (Carillon) descend le long du Bourg de la Croix ; au centre, on aperçoit l'étendard représentant la cloche. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.




Anghiari (Toscana). Le char du Carillon est transporté dans les rues du pays avec le « condamné » barbouillé de farine ; quelques participants au cortège fournissent d'autres matériaux de lancement et on lance au visage du « dormeur » un hareng suspendu au bout d'un bâton. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana). Les amis du Carillon attendent au tournant le passage du char pour barbouiller le « condamné » avec de la farine. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana). Sur le char du Carillon, le « condamné » est submergé par une poche de farine. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana). Lorsque la punition de la fête du Carillon est terminée : le « condamné » est complètement barbouillé de farine, d'œufs, de cacao et de plumes, et il semble épuisé par le parcours inconfortable dans les abruptes rues du pays. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana). La descente du chariot est quelque peu laborieuse : le « condamné » est fatigué et alourdi d'une épaisse couche de matériaux salissants et poisseux. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana). Sur la place Baldaccio, les amis du Carillon regardent amusés le résultat de la punition. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana). Désormais devenue une masse sans forme, la victime de la fête du Carillon trouve encore la force de sourire. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana), 1922. Photo souvenir de la fête du Scampanata à la place Baldaccio, devant le palais Poggini : on voit, assis par terre, les membres du « concertino » avec leurs instruments. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana). Photo souvenir de la fête du Carillon, devant le monument à Garibaldi : au centre, le char utilisé pour le transport du « dormeur » ; au premier plan, le char muni d'équipements sonores et autres instruments en vue de produire du vacarme durant le concert. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.



Anghiari (Toscana). La bande joue la « Marcia di Paiolo », hymne traditionnel la fête du Carillon. Photo d'E. De Simoni, 1985. Archives photographiques du Museo Nazionale delle Arti e Tradizioni Popolari.
  Voici les vignettes des objets et les textes intégraux de cette alcôve. Vous pouvez les imprimer.

La fête du Scampanata est typique d'Anghiari, village médiéval de la province d'Arezzo, et fait partie du cycle des fêtes printanières. La communauté locale a proposé de célébrer de nouveau cette tradition particulière tous les cinq ans. La fête du Scampanata partage quelques caractéristiques des rituels européens de type « charivari » : la dérision collective de celui qui a enfreint une règle du comportement social, l'utilisation de la musique et du vacarme produit avec des instruments improvisés, le transport de la victime, la participation de groupes de jeunes. Toutefois, de par son caractère cyclique et sa durée, qui à une certaine période atteignait tout le mois de mai, et surtout de par la motivation qu'elle anime (c'est-à-dire la punition qui attend celui qui ne s'est pas réveillé à temps), la fête du Scampanata semble se différencier des autres formes connues de « charivari ». Dans cette région, c'étaient les « cocciate » qui tenaient davantage du « charivari ». Elles visaient les veuves qui se remariaient ou ceux qui s'apprêtaient à célébrer leurs noces à un âge avancé. La Deuxième Guerre mondiale entraîna une longue interruption de la coutume, qui se prolongea jusqu'en 1980, année où il fut proposé de la faire renaître, dans une volonté de récupérer les traditions locales.

De nos jours, tous les cinq ans, chaque jeudi et dimanche de mai, quiconque est inscrit à la « Société du Scampanata » doit se présenter à l'appel avant six heures du matin sur la place principale du village. Les retardataires, où qu'ils soient et malgré la bonne excuse qu'ils pourraient avoir, sont punis d'avoir enfreint la règle. On les transporte alors sur un chariot bigarré décoré de floraisons de mai, qui est traîné à la main dans les rues abruptes du bourg. Une musique assourdissante les accompagne pendant qu'on leur lance des substances alimentaires (farine, oeufs, cacao) ou répugnantes et qu'on leur tend un poisson devant le visage. À la fin du parcours, la « victime » est méconnaissable, épuisée et a la nausée; elle ressemble plus à un pantin qu'à un humain. Dans la communauté, cet événement est non seulement une occasion de divertissement collectif rappelant beaucoup le carnaval, mais souvent aussi un instrument permettant de manifester une aversion personnelle ou de l'hostilité que l'on ne peut exprimer dans des situations normales.

Cette tradition particulière, de par ses ressemblances aux cérémonies cycliques qui marquent le renouvellement au printemps et à certains rituels reliés à la fertilité, dont les racines remontent avant l'ère chrétienne, peut également être interprétée selon l'idéologie primitive de l'agriculture qui caractérisait cette région dans le passé. Dans un contexte économique principalement fondé sur l'agriculture, l'importance du réveil printanier trouve son expression dans une fête collective représentative qui correspond aux besoins de la communauté : imputer à un seul individu la faute de la transgression à l'ordre naturel des événements, et expier le mal en célébrant un rite pour ainsi rétablir l'ordre.

 



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