Nous sommes des animaux
textes et vignettes

Sculpture
Anonyme
XXe siècle
Québec, Canada
Bois et laine
Collection du Musée de la
civilisation, Québec, Canada
1992-602

B.C.B.G., cette loutre aux traits et aux attributs humains ! Véritable métissage entre l'humain et l'animal, cette oeuvre d'art populaire n'est qu'un fantasme, une caricature. Mais cette jolie femme-loutre représente néanmoins une inquiétude soulevée par les nouvelles technologies transgéniques : jusqu'où va-t-on aller ?


 

Source des extraits sonores :

Robert Lepage / Témoignages 1 et 5
Production Ex Machina
Homme de théâtre, concepteur, scénographe, cinéaste
Enregistrement réalisé au Musée de la civilisation, Québec

Marc-André Sirard / Témoignages 2, 3 et 4
DMV, PhD, professeur titulaire, département des sciences animales,
Université Laval
Enregistrement réalisé au Musée de la civilisation, Québec

  Voici les vignettes des objets et les textes intégraux de cette alcôve. Vous pouvez les imprimer.
 

La prophétie animiste se réalise dans le progrès de la médecine. Les chamanes, les sorciers, les anciens ont toujours su que les animaux étaient des hommes et que les hommes étaient des animaux. Le bison est notre frère, l'ourse notre mère. Ils sont nombreux les gens qui ont une tête de cochon, une queue de cheval, un coeur de lion, un front de boeuf, des pattes d'oie, une chair de poule, une face de singe, une mémoire d'éléphant, un caractère de chien, une faim de loup, une langue de vipère, des yeux de lynx, des larmes de crocodile. Tout ce qui vit veut vivre et la vie coule dans les veines de tout ce qui vit. Je prendrais la vision de l'aigle avant la tête de l'autruche.

Serge Bouchard

 
Le métissage des espèces

Jusqu'à maintenant l'homme-animal relevait de l'imaginaire. Désormais, le mélange de l'humain avec d'autres espèces est en voie de devenir réalité.

De nouvelles techniques explorant le mélange des espèces ont fait leur apparition. On essaie de transplanter des organes d'animaux chez l’humain. On introduit des gènes humains dans des animaux vivants. À l'extérieur du corps, on utilise parfois le foie d’un porc pour détoxifier le sang humain. On examine la possibilité de faire porter un fœtus humain par une truie.

La xénogreffe consiste à transplanter les organes et les tissus d'une espèce chez une autre. Apparemment, le cœur du porc serait le plus semblable, par sa forme et sa dimension, à celui d'un être humain.

La transgénèse permet d’introduire un gène étranger dans le patrimoine héréditaire d’un être. Par exemple, si un être humain recevait un cœur de porc, une transgénèse préalable permettrait de diminuer les risques de rejet.

1er témoignage (Robert Lepage)
Dans une clinique américaine de reconstruction et de chirurgie plastique, les chercheurs sont à mettre au point une nouvelle technique qui utilise des souris albinos. On pratique sur elles une biopsie, afin de recueillir du tissu organique. On procède ensuite à l’isolement des cellules de ce tissu avant de les parsemer dans un moule de polymère en forme d’oreille. Quand elles se sont fusionnées, on implante les cellules qui ont pris la forme de l’oreille sur le dos de la souris afin d’y cultiver de nouveaux tissus vivants. Quand on aura déterminé jusqu’où vont se générer les tissus, on sera alors en mesure de faire la même chose chez l’humain. Les possibilités d’une telle pratique donnent le vertige et nous aspirent dans les méandres encore inexplorés de notre conscience.

2e témoignage (Marc-André Sirard)
Il est maintenant possible de penser utiliser les organes des animaux pour remplacer des organes humains. L’animal le plus proche de l’homme est le singe, mais le porc n’est pas très loin non plus. Le porc nous ressemble beaucoup au niveau du métabolisme et comme nous il est omnivore, c’est-à-dire qu’il peut manger des légumes ou de la viande. Avec quelques modifications génétiques, on entrevoit pouvoir utiliser des organes comme le foie, les reins ou le cœur d’ici une dizaine d’années. Il faut par contre masquer les antigènes à la surface des cellules qui font que notre système immunitaire reconnaît les tissus animaux comme étrangers et les rejette.

3e témoignage (Marc-André Sirard)
Pour modifier un animal afin que ses organes soient plus compatibles avec les nôtres, on intervient sur le jeune embryon. Dans les heures qui suivent l’arrivée du spermatozoÏde dans l’ovule, on peut micro-injecter quelques copies d’un gène humain dans le noyau de la première cellule et faire en sorte que quelques copies soient intégrées au génome de l’animal. Ensuite, l’embryon de porc va se développer avec un gène supplémentaire aux 75 000 qu’il a déjà et, à la naissance, toutes les cellules vont avoir ce gène, mais seulement les cellules qu’on choisit vont l’utiliser. Par exemple, le gène injecté va s’exprimer dans les cellules de foie et faire en sorte que ces cellules vont avoir des protéines humaines sur leur surface, et ainsi notre système immunitaire les acceptera.

4e témoignage (Marc-André Sirard)
Avec le clonage qui est devenu réalité chez le porc, on peut imaginer fabriquer des organes humains dans un embryon animal. On commence par prendre des cellules d’un patient qui a besoin d’un organe donné. On reprogramme ces cellules pour faire en sorte qu’elles puissent devenir des cellules de foie, par exemple, et on les fusionne avec un embryon de porc qui a justement une absence de cellules pour le même organe. Donc à la naissance, le porc aura un foie qui sera génétiquement identique à celui du donneur et ne sera pas rejeté. Il est par contre évident que cette approche soulève des questions éthiques sur lesquelles beaucoup de gens devront se pencher.

5e témoignage (Robert Lepage)
Récemment, dans un hôpital du nord de l’Allemagne, on a tenté de déterminer, à l’aide de balances électroniques placées sous le lit de mourants, le poids de l’âme au moment même où elle s’échappe du corps. Si l’on en croit les résultats de cette étude, l’âme pèserait en moyenne un peu moins de 50 grammes. Cet allégement du corps correspond au moment précis où le cœur cesse de battre. Si l’âme est donc logée dans le cœur, que lui arrive-t-il lors d’une transplantation cardiaque où le greffé est un humain et le donneur un animal ?

Avec le mot âme, on tente parfois de désigner ce que certains appellent l’identité. Dans toutes les cultures et dans toutes les sociétés, l’idée du métissage s’oppose toujours à une notion de pureté, peur de perdre son âme, de l’avilir ou de la dénaturer dans le contact ou le mélange avec l’autre.

 
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