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  Bélair

Nous débarquions du train par la savane. Il repartait à grands coups de pistons répercutés en échos de la forêt toute proche. Puis il disparaissait à un tournant. Pendant quelques minutes, son panache de fumée effilochée au " sorouet " et le grondement de sa montée haletante sur les hauteurs de Capsa retenaient notre œil et notre oreille. Puis, le silence retombait sur la campagne bruissante de soleil. Nous étions seuls sur la route grise le long de la rivière noire et verte. Des arbres et de l’air montait un parfum mêlé de cris d’oiseaux. Le vent chantait dans l’herbe haute et nos poitrines happaient l’air frais comme de l’eau de source. La première allure vive se changeait en une marche plus calme et plus posée. Pour nous, c’était la campagne et l’été, c’était une journée d’enfance qui embauche toute la vie, comme ces touffes de foin d’odeur que l’on enfouit dans un tiroir de commode.

Nous cheminons, allégés de tout souci et de toute fatigue. Pour mon père, c’était son enfance, c’était l’endroit unique, c’était le foyer, c’était le " chez nous ", c’était le pays dont il avait dû s’exiler. En y retournant, il savourait, en une minute d’ivresse, tous les parfums et tous les souvenirs qu’il forçait à sommeiller en lui pour toujours.

L’air se débarrassait des poussières et de l’odeur chaude de la fumée chargée d’escarbilles…

Charles-Antoine Drolet, Sainte-Foy
(Québec) Canada


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