Le corps conservé : l'illusion de la pérennité
textes et vignettes

 
MHNN, photo : Jo‘l von Allmen.
 
 

 
Si nous acceptons facilement que certaines espèces animales soient empaillées ou taxidermisées, il est déjà plus difficile de concevoir que l'animal de compagnie, chat ou chien, subisse un tel traitement. Qu'en serait-il si nous décidions de conserver ainsi des êtres humains ? L'illusion du vivant ne comporte-t-elle pas ses propres limites ? MHNN, photo : Danièle Rapin.
 
 

 
MHNN, collection privée.
 
 

 

 
Les momies de Palerme, Sicile. MHNN, collection privée.
 
 

 
L'immortalité hante l'humanité depuis le début des temps. Bien que controversée, l'exposition consacrée à la présentation des dépouilles humaines plastinées, ou d'écorchés momifiés, permet de mesurer l'ampleur de cette quête d'éternité. Celle qui fait que des personnes décident de leur vivant de continuer à errer sur la terre une fois morts : des h™pitaux aux musées, en passant par les universités et les halles de foire.
Affiche de l'exposition « Körperwelten », « Les corps plastinés », lors de sa présentationà Basel, Suisse.
MHNN, collection privée.
  Voici les vignettes des objets et les textes intégraux de cette alcôve. Vous pouvez les imprimer.

Le corps conservé : l'illusion de la pérennité

Préserver l'aspect du corps animal, en conserver la forme, la couleur ou la posture réelle, en figer le mouvement pour l'éternité ; telle est l'ambition du taxidermiste.

Pourtant, même s'il parvient à suggérer la puissance d'un fauve ou la splendeur d'un plumage, il ne fait guère mieux que simuler le vivant. Car l'ambition a ses limites. Comment peut-il redonner le souffle, la palpitation du cœur, l'humidité de l'œil et la malice ou la ruse ? L'illusionniste, aussi doué soit-il, sera tôt ou tard désillusionné, car il manquera toujours l'essentiel : la vie.

Empaillés, les animaux familiers comme les chiens, les chats ou les canaris ne sont que des coquilles vides. Ne vaut-il pas mieux les pleurer, puis les enterrer, les incinérer ou les réintroduire de toute autre manière dans les grands cycles naturels de la biosphère ?

Et que faire du corps humain lorsque la vie n'est plus ? Dans les sociétés occidentales, la règle de l'incinération ou de l'enterrement s'applique à presque tous. Sauf à certains : quelques grands de ce monde, embaumés, momifiés ou taxidermisés, sont exposés à la vue du public. De pauvres bougres anonymes, aussi, sont hébergés en morceaux dans les collections des instituts de médecine. Et que dire des adeptes de la plastination, une nouvelle forme de survie du corps, telle qu'elle est proposée dans un institut de Heidelberg, en Allemagne ?

Pauvres Lénine, Mao et autres corps imprégnés de formol ou de silicone qui ne pourront plus jamais retourner à la terre. Ils devront être traités, tôt ou tard, comme des déchets toxiques et non pas comme une noble matière organique recyclable...

 
 
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