Dans l'Antiquité, l'expression « laver un Éthiopien » évoquait quelque chose d'impossible. Les Noirs figurent dans la Bible entre autres et, dans notre culture chrétienne occidentale actuelle, ils représentent davantage qu'une simple couleur. Viennent s'ajouter à la notion de couleur des connotations d'impureté, de saleté, mais aussi de péché, et même apparentées au diable. La peau « noire » est perçue comme un déficit « naturel » qui peut au moins être atténué, à défaut d'être effacé, par le baptême. Comme c'est le cas pour bien d'autres stéréotypes, cette imagerie continue à fonctionner.

Il y a longtemps que les stéréotypes sont passés de la religion au monde de la consommation. Depuis un siècle, l'industrie des détergents a tenté de nous « savonner » avec la promesse que ses produits peuvent blanchir même les Éthiopiens.


Buste en plâtre d'un Pygmée d'Afrique Centrale 1934 (?), tiré d'un masque (« Ituri Bambuti ») par P. Schebesta, reconstruit par Fritz Fahrwickl Plâtre, partiellement peint, brun foncé Vienne, Abteilung Archäologische Biologie und Anthropologie, Naturhistorisches Museum Wien




Les clichés affectent la perception que les gens ont d'eux-mêmes et, au pire, les conduisent à se dénigrer. En Afrique et dans certaines villes européennes, des crèmes pour éclaircir la peau, « employées dans le monde entier par les gens qui réussissent », permettent à ceux qui ont la peau foncée de l'éclaircir pour être socialement acceptés. Un des effets secondaires de ces produits est de créer une pigmentation inégale de la peau.


Crème pour éclaircir la peau 1999 Dresde, Deutsches Hygiene-Museum




Ce savon promet non seulement l'élimination de la saleté, mais aussi un « nettoyage approfondi » de la peau.


Le savon Dirtoff (Dirtoff soap) 1930, affiche, lithographie en couleur Paris, Bibliothèque Forney, Ville de Paris